22 juin 2006

Pourquoi je suis de moins en moins démocrate....

La toute récente affaire Clearstream, et pour les technophiles le débat DADVSI, mettent en lumière un problème qui m'apparaît fondamental: quelle place politique donner au monde économique?
la société de type capitaliste est cybernétiquement composée de trois éléments interdépendants:
le monde politique, c'est à dire le système d'opération de notre schéma global, le monde économique qui en est le système moteur, puisqu'il donne au monde politique et au troisième pôle, la population, les moyens financiers et matériels (emploi, services, innovation, recherche, etc) de vivre.
Les interactions sont en gros les suivantes:
  • la population choisit le pouvoir politique, et réféchit (intellectuels) aux orientations à donner à la politique; la population fait fonctionner le monde économique en fournissant son travail et en consommant.
  • Le monde politique contrôle la population et le secteur économique par la loi ou l'intervention directe (négociation etc.)
  • Le monde économique finance la vie de la population.
On constate que le monde économique n'a pas de moyens directs de défendre ses intérêts et d'influer sur la vie de la nation. Il ne passe que par l'entremise du droit de vote de la population.
Ceci officiellement.
En pratique les interconnexions sont bien réels: financements plus ou moins occultes, commissions, groupes de réflexion (Groupe de Bilderberg par exemple), qui n'ont aucun caractère institutionnel et sont donc plus ou moins incontrôlés, et de toute façon peu républicains.
Ces interconnexions sont plus ou moins fortes, premier paramètre.
La population est plus ou moins orientée économie, deuxième paramètre.
Ces deux paramètres règlent l'orientation de la société:
Si la société fonctionne au profit du secteur économique, alors la population sera peut-être désavantagée, voire exploitée (voir problèmes sociaux au XIX° siècle), et la guerre sociale provoque une rétroaction négative sur l'écomomie.
À l'inverse, dans une société socialiste, le secteur économique pourra lui aussi être mis en difficulté, d'où une rétroaction négative à nouveau, cette fois ci sur la population.
D'où un retour à l'équilibre, pour peu que le libéralisme soit présent pour permettre cette régulation.
On ne cherche donc pas un système politique absolument équilibré, mais plutot un système temporellement équilibré, par un système cyclique (cf R.Aron, 18 leçons sur la société industrielle) : chaque système a ses défauts, ce qui provoque un changement de système/régime qui corrige ces défauts mais en introduit d'autres. Une société qui fonctionne bien est une société chez qui ces oscillations sont les plus faibles possibles, ce qui implique un équilibre des masses entre Économie et Population.
Or politiquement ce n'est pas le cas dans une démocratie: Seule la population a le pouvoir (en théorie évidemment) , les entreprises ne peuvent s'exprimer qu'officieusment, et ne peuvent choisir les dirigeants du pays qu'officieusement (ce dont elles ne se privent pas...).
Donnerons nous le droit de vote aux personnes morales?
Effectivement dans notre modèle l'idée est séduisante...
Cependant on ne voit pas en quoi celà empecherait les entreprises de continuer leurs interventions officieuses... Certes non... eh bien si.
En fait sur les millions d'entreprises françaises, seules une poignée, les plus puissantes, agissent parfois ainsi...au détriment de leurs concurrentes plus petites. Donner à ces dernières un moyen supplémentaire de s'exprimer, ne serait-ce pas un bon moyen de rééquilibrer la concurrence?
Sans compter que la perspective de peser une voix de plus pourrait inciter les Français à fonder encore plus d'entreprises...


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je suis pleinement d'accord avec toi quant à l'imperfection du système démocratique pour remplir sa mission d'émergence d'un choix social à partir des choix individuels.

Mais ne penses-tu pas verser dans l'anthropomorphisme : Donnerons nous le droit de vote aux personnes morales? ?

Lesdites personnes morales sont des entreprises pas des personnes réelles. Si on leur donne leur influence nouvelle par un résultat d'un vote interne (tous les membres de l'entreprises vote pour el choix de ladite entreprise), l'aspiration n'est-elle pas déjà inclue dans le vote habituelle du citoyen salarié ? Quid du doublon de droit de vote entre le fait d'être citoyen et d'être salarié ? Même si les entreprises étaient représentées par le choix de leurs PDG/actionnaire majoritaire/autre, n'est-ce pas encore truquer les règles du jeu démocratique avec des droits spéciaux, par définition très arbitraires.

Dès lors, le mieux n'est-il pas au contraire de faire reculer autant que possible l'arbitraire législatif, que ce soit les lois comme DADVSI, les brevetabilités logicielles, ou directement l'étendu du pouvoir étatique ? La main-mise idéologique sur une éducation centralisée ? Bref, plutôt que «mieux d'État» ne vaudrait-il pas plutôt «moins d'État» ?

Dès lors, ne serais-tu pas tant de moins en moins démocrate que de moins en moins étatiste/socialiste/collectiviste, ou, positivement, de plus en plus minarchiste ?

Rouleau Compresseur a dit…

je ne crois pas verser dans l'anthropomorphisme, ou en tout cas pas plus que dans la situation actuelle, puisque le terme "personne morale" est déjà défini.
Je te suis plus pour la suite:
Effectivement il y aurait des votes "doublon", mais ce surcroit de représentation se réfère à une double casquette de personne physique et de représentant de personne morale...Double rôle=> double pouvoir... au contraire ça paraît presque plus juste...
Je ne truquerais pas les règles du jeu démocratique dans ce sens où j'abandonnerais le système démocratique pour un système écodémocratique (l'étymologie est mauvaise, mais le sens est là), où l'entreprise aurait un rôle parallèle à celui du citoyen à jouer.
Là où je bute aussi, c'est dans le mode d'application de ce principe: actionnaire/PDG ou vote salarié? je dois dire que je n'ai pas de préférence particulière.... peut-être le vote salarié exprimerait-ilo mieux le double rôle de chacun, mais à l'inverse le Conseil d'administration aurait un vote plus conforme aux intérêts de l'entreprise...
Enfin en ce qui concerne le rôle de l'état, je trouve que les deux pb sont indépendants: on peut concevoir une écodémocratie librale comme socialiste...
Cependant j'ai défini le libéralisme comme indispensable à une bonne régulation globale de la société, or vrai libéralisme implique minarchisme, comme tu le disais...
je suis donc aussi de plus en plus minarchiste, effectivement...
En définitive le concept d'écodémocratie a pour but d'établir un système smithien, puisque la "main invisible" de la somme des intérêts individuels agirait beaucoup plus dans le sens de l'intérêt général du système...